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Article 30 juillet 2026 10 min de lecture

Décomposition STL :
lire une série sans confondre saison et performance

Principe de la décomposition par lissages locaux, choix des paramètres et pose des seuils d'alerte sur le résidu

Merveille Aganze Sami

Merveille Aganze Sami

Conseillère MEL & Gestion de Bases de Données

Tableau de bord décomposant une série mensuelle en trois panneaux : tendance, saisonnalité et résidu
Figure 1. Illustration : une série mensuelle brute décomposée en trois composantes — tendance, saisonnalité, résidu. Les seuils d'alerte gagnent à porter sur le troisième panneau.

Les dispositifs de suivi produisent le plus souvent des séries mensuelles ou trimestrielles : consultations réalisées, ménages touchés, volumes collectés, cas notifiés. Ces séries sont fréquemment présentées en valeur brute, avec une comparaison au mois précédent. Cette lecture pose une difficulté d'interprétation : une part de la variation observée relève du calendrier et non du dispositif.

Soudure agricole, saison des pluies, calendrier scolaire, périodes de congé et cycles de décaissement impriment aux séries de terrain une périodicité stable. Comparer un mois au précédent revient alors à mesurer, pour partie, l'écart entre deux positions dans le cycle annuel. La décomposition de la série en composantes distinctes permet de séparer ce qui relève du rythme régulier de ce qui n'en relève pas.

1. Les trois composantes

Une décomposition saisonnière représente la série observée comme la combinaison de trois éléments. La tendance décrit l'évolution de fond, une fois lissées les oscillations régulières. La saisonnalité décrit le motif qui se répète à période fixe. Le résidu rassemble ce que ni l'une ni l'autre n'expliquent : c'est la composante qui porte l'information nouvelle.

La combinaison peut être additive — les trois composantes s'ajoutent — ou multiplicative, lorsque l'amplitude saisonnière croît avec le niveau de la série, situation courante pour des volumes d'activité. Dans ce dernier cas, une transformation logarithmique préalable ramène au cas additif.

Le principe de la méthode STL. La décomposition saisonnière par lissages locaux repose sur l'application itérative d'une régression pondérée localement — la méthode loess (Cleveland, 1979). À chaque passage, la composante saisonnière est estimée en lissant les valeurs de même position dans le cycle, puis retirée ; la tendance est lissée sur la série ainsi corrigée. L'itération se poursuit jusqu'à stabilisation (Cleveland et al., 1990).

Par rapport aux décompositions par moyennes mobiles, cette approche présente trois propriétés utiles en contexte de suivi : le motif saisonnier peut évoluer lentement au fil des années plutôt que d'être supposé fixe, la période saisonnière n'est pas contrainte à un calendrier prédéfini, et une variante robuste limite l'influence des valeurs extrêmes sur l'estimation des deux premières composantes (Hyndman & Athanasopoulos, 2021).

2. Les paramètres à décider

  1. 1La période saisonnière. Douze pour des données mensuelles, quatre pour des données trimestrielles. Elle doit correspondre au cycle réellement à l'œuvre : dans certains contextes, le cycle pertinent est agricole et non calendaire.
  2. 2La fenêtre saisonnière. Elle détermine si le motif est supposé constant d'une année à l'autre ou autorisé à dériver. Un motif figé se justifie pour une série courte ; une évolution progressive convient mieux à un contexte dont les conditions changent.
  3. 3La fenêtre de tendance. Une fenêtre étroite suit les inflexions de près, au prix d'une tendance qui absorbe une partie du bruit ; une fenêtre large produit une courbe lisible mais réagit tardivement à un changement réel.
  4. 4L'option robuste. Elle réduit le poids des points atypiques dans l'estimation. Recommandée dès lors que la série comporte des ruptures ponctuelles — interruption de collecte, événement exceptionnel — que l'on ne souhaite pas voir déformer le motif saisonnier.
  5. 5Le traitement des valeurs manquantes. Il doit être explicite et documenté. Une interpolation silencieuse crée une donnée qui n'a pas été observée et fausse l'estimation du résidu.

3. Déplacer les seuils d'alerte sur le résidu

L'intérêt opérationnel principal de la décomposition tient à ce déplacement. Un seuil posé sur la valeur brute se déclenche chaque année aux mêmes périodes, ce qui produit des alertes attendues et, à terme, une désensibilisation des équipes. Un seuil posé sur le résidu ne se déclenche que lorsque l'écart excède ce que la tendance et la saison expliquent.

La construction de ces seuils relève des méthodes de maîtrise statistique des processus : on estime la dispersion habituelle du résidu sur une période de référence, puis on signale les valeurs qui s'en écartent au-delà d'un multiple convenu. Cette approche, largement documentée dans le suivi de la qualité des services, se transpose directement aux indicateurs de programme (Benneyan et al., 2003). Elle fournit également une règle de lecture partagée : ce qui déclenche une alerte est défini à l'avance, non apprécié au cas par cas.

4. Limites à documenter

5. Intégration dans un dispositif de suivi

La décomposition gagne à être calculée automatiquement à chaque actualisation des données plutôt que produite ponctuellement pour une analyse. Trois affichages suffisent : la série brute, la série corrigée de la saison, et le résidu avec ses limites de contrôle. Le troisième panneau devient la vue de référence pour les revues de performance.

Une précaution de communication mérite d'être anticipée. Une série désaisonnalisée diffère de la série brute que les équipes connaissent ; la coexistence des deux affichages, avec une note explicative sur la méthode et les paramètres retenus, évite la confusion entre valeur observée et valeur corrigée.

Points essentiels

  • Une part de la variation mensuelle relève du calendrier et non de la performance du dispositif
  • La décomposition sépare tendance, saisonnalité et résidu par lissages locaux itératifs
  • Période, fenêtres et option robuste sont des décisions méthodologiques à documenter
  • Les seuils d'alerte posés sur le résidu réduisent les alertes attendues chaque année
  • La méthode ne détecte pas les ruptures : d'autres approches y sont dédiées

Un indicateur qui baisse ne traduit pas nécessairement un affaiblissement du dispositif ; il peut suivre le calendrier. La fonction d'un outil de suivi est d'opérer cette distinction de manière explicite et reproductible, plutôt que de la laisser à l'appréciation de chaque lecteur.

Références

  1. Benneyan, J. C., Lloyd, R. C., & Plsek, P. E. (2003). Statistical process control as a tool for research and healthcare improvement. Quality & Safety in Health Care, 12(6), 458–464. doi.org/10.1136/qhc.12.6.458
  2. Cleveland, W. S. (1979). Robust Locally Weighted Regression and Smoothing Scatterplots. Journal of the American Statistical Association, 74(368), 829–836. doi.org/10.1080/01621459.1979.10481038
  3. Cleveland, R. B., Cleveland, W. S., McRae, J. E., & Terpenning, I. (1990). STL: A Seasonal-Trend Decomposition Procedure Based on Loess. Journal of Official Statistics, 6(1), 3–73.
  4. Hyndman, R. J., & Athanasopoulos, G. (2021). Forecasting: Principles and Practice (3rd ed.). Melbourne: OTexts.
  5. Verbesselt, J., Hyndman, R., Newnham, G., & Culvenor, D. (2010). Detecting trend and seasonal changes in satellite image time series. Remote Sensing of Environment, 114(1), 106–115. doi.org/10.1016/j.rse.2009.08.014
  6. Wen, Q., Gao, J., Song, X., Sun, L., Xu, H., & Zhu, S. (2019). RobustSTL: A Robust Seasonal-Trend Decomposition Algorithm for Long Time Series. Proceedings of the AAAI Conference on Artificial Intelligence, 33(1), 5409–5416. doi.org/10.1609/aaai.v33i01.33015409
Merveille Aganze Sami

Merveille Aganze Sami

Conseillère MEL & Gestion de Bases de Données. Plus de 9 ans d'expérience en suivi-évaluation, SIG et digitalisation auprès d'organisations internationales (GIZ, Enabel) en RD Congo.

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