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Article 19 juin 2026 9 min de lecture

Eau de surface :
pourquoi l'indice de référence échoue en ville

Séparation spectrale entre eau et bâti, choix de la bande infrarouge et seuillage d'une carte d'inondation

Merveille Aganze Sami

Merveille Aganze Sami

Conseillère MEL & Gestion de Bases de Données

Profils de réflectance de l'eau et d'un toit sombre sur les bandes verte, proche infrarouge et infrarouge à ondes courtes
Figure 1. Illustration : profils spectraux de l'eau et d'une surface bâtie sombre. L'écart entre les deux est faible dans le proche infrarouge et net dans l'infrarouge à ondes courtes.

La délimitation de l'eau de surface à partir d'images satellitaires repose couramment sur un indice normalisé combinant la bande verte et la bande proche infrarouge. Cette formulation exploite une propriété physique nette : l'eau absorbe fortement dans le proche infrarouge alors que la végétation et les sols y réfléchissent (McFeeters, 1996).

Le contraste obtenu est excellent sur un plan d'eau isolé, une rivière à découvert ou une zone inondée en milieu rural. Il se dégrade en revanche nettement en milieu urbain dense, où l'indice classe comme eau des surfaces qui n'en sont pas : toitures sombres, revêtements bitumés humides, ombres portées de bâtiments.

1. L'origine du problème

La confusion tient à la bande utilisée. Dans le proche infrarouge, l'eau et de nombreuses surfaces artificielles sombres présentent des réflectances voisines. Le rapport normalisé qui les oppose à la bande verte produit alors des valeurs proches, et aucun seuil ne permet de les séparer de façon fiable.

Cette ambiguïté a une conséquence opérationnelle immédiate : elle se concentre précisément dans les zones habitées, c'est-à-dire là où une carte d'inondation détermine des décisions d'alerte ou d'assistance. La sur-détection y est donc particulièrement problématique.

2. La substitution de bande

Le principe de la correction. Le remplacement de la bande proche infrarouge par une bande infrarouge à ondes courtes exploite un comportement spectral différent : l'eau y présente une réflectance très faible, tandis que les surfaces bâties conservent une réflectance sensiblement plus élevée. L'écart entre les deux catégories s'en trouve creusé, ce qui améliore la séparation en contexte urbain (Xu, 2006).

Sur Sentinel-2, cette formulation mobilise les bandes B3 et B11 ; sur Landsat 8/9, les bandes 3 et 6. Une différence de résolution native entre les deux bandes doit être traitée par rééchantillonnage, opération dont la méthode mérite d'être documentée car elle affecte la finesse des limites obtenues.

3. Les formulations à plusieurs bandes

Lorsque la scène présente à la fois des surfaces bâties sombres et des zones d'ombre marquées — relief, immeubles élevés — deux bandes ne suffisent pas toujours. Des indices combinant quatre à cinq bandes ont été développés pour améliorer la séparation dans ces configurations, avec des variantes selon que la scène comporte ou non des surfaces artificielles étendues (Feyisa et al., 2014).

Les comparaisons systématiques entre méthodes montrent qu'aucune formulation ne domine dans tous les contextes, et que la performance dépend du type de paysage, de la turbidité de l'eau et de la présence de végétation aquatique (Fisher et al., 2016). Le choix relève donc d'un test local, non d'une préférence de principe.

4. La question du seuil

Un indice produit une valeur continue ; la carte d'eau résulte d'un seuillage. Une valeur de zéro est fréquemment retenue par défaut, mais elle n'a pas de fondement universel : la valeur optimale dépend de la turbidité, de la profondeur, de la végétation immergée et des conditions d'éclairement.

5. Limites de l'approche optique

Points essentiels

  • L'indice classique confond eau et surfaces artificielles sombres en milieu urbain
  • La substitution de l'infrarouge à ondes courtes au proche infrarouge creuse l'écart spectral
  • Aucune formulation ne domine dans tous les paysages : le choix se teste localement
  • Le seuil n'est pas une constante ; il se calibre et se documente
  • L'optique ne voit ni sous les nuages ni sous la canopée : le radar est complémentaire

Aucun indice spectral n'est optimal indépendamment du paysage observé. Le réflexe utile n'est pas de retenir la formulation la plus citée, mais de vérifier laquelle sépare effectivement les catégories qui importent dans le contexte étudié.

Références

  1. Feyisa, G. L., Meilby, H., Fensholt, R., & Proud, S. R. (2014). Automated Water Extraction Index: A new technique for surface water mapping using Landsat imagery. Remote Sensing of Environment, 140, 23–35. doi.org/10.1016/j.rse.2013.08.029
  2. Fisher, A., Flood, N., & Danaher, T. (2016). Comparing Landsat water index methods for automated water classification in eastern Australia. Remote Sensing of Environment, 175, 167–182. doi.org/10.1016/j.rse.2015.12.055
  3. McFeeters, S. K. (1996). The use of the Normalized Difference Water Index (NDWI) in the delineation of open water features. International Journal of Remote Sensing, 17(7), 1425–1432. doi.org/10.1080/01431169608948714
  4. Pekel, J.-F., Cottam, A., Gorelick, N., & Belward, A. S. (2016). High-resolution mapping of global surface water and its long-term changes. Nature, 540, 418–422. doi.org/10.1038/nature20584
  5. Xu, H. (2006). Modification of normalised difference water index (NDWI) to enhance open water features in remotely sensed imagery. International Journal of Remote Sensing, 27(14), 3025–3033. doi.org/10.1080/01431160600589179
Merveille Aganze Sami

Merveille Aganze Sami

Conseillère MEL & Gestion de Bases de Données. Plus de 9 ans d'expérience en suivi-évaluation, SIG et digitalisation auprès d'organisations internationales (GIZ, Enabel) en RD Congo.

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